Accessibilité numérique et overlays : une fausse bonne idée qui persiste
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Publié le 16 janvier 2026 par Mélanie Coltel
Un simple plug-in, et la conformité serait au rendez-vous ?
Depuis des années, les overlays d’accessibilité promettent une solution simple à un problème complexe : “rendre un site accessible en quelques clics”.
Contraste, taille de texte, police, navigation simplifiée… Sur le papier, la promesse est séduisante.
Dans la réalité, ces outils ont déjà été contestés par des expertes et experts, des personnes en situation de handicap et des auditrices/auditeurs.
En 2023, la Commission européenne s’était déjà prononcée sur le sujet. Selon elle, les outils de surcouche d’accessibilité (overlays) ne constituent pas une solution appropriée pour se conformer aux exigences légales : l’accessibilité devant être traitée à la source – dès la conception, dans le code et le contenu – et validée par des tests impliquant des personnes handicapées. Pour en savoir plus, on vous redirige vers l’article de DesignGouv : Overlays, la Commission européenne en remet une (sur)couche.
Et en décembre 2025, les organismes de test reconnus en Allemagne ont officiellement rejeté l’usage des overlays dans les démarches d’évaluation et de certification de l’accessibilité dans le contexte de l’EAA.
Les overlays : qu’est-ce que c’est ?
Les overlays (ou widgets d’accessibilité) reposent sur le principe d’ajouter une couche logicielle au-dessus d’un site existant pour permettre à l’utilisateur de modifier l’affichage en fonction de ses préférences.
Le discours commercial est bien rodé :
- « Pas besoin de refonte » ;
- « Réduction du risque juridique » ;
- « Conformité WCAG rapide ».
Mais sur le terrain, les constats sont tout autres. Un overlay modifie le comportement du site en fonction des réglages choisis par chaque utilisatrice et utilisateur : contraste activé ou non, taille de texte modifiée, options cumulées ou partielles.
Cependant, il ne modifie ni le code source original ni la structure sémantique du site web. Il ajoute simplement une nouvelle couche par-dessus, sans corriger le cœur du problème.
Ce qui entraîne :
- des conflits avec les lecteurs d’écran ;
- un masquage des vrais problèmes structurels ;
- une expérience dégradée pour les utilisatrices et utilisateurs handicapés ;
- et surtout : aucune garantie d’accessibilité réelle.
Résultat : il n’existe plus une version stable du site. Chaque utilisatrice et utilisateur peut activer des réglages différents, plusieurs configurations coexistent. Or, l’accessibilité repose sur un principe fondamental. Un socle commun accessible par défaut, sans action préalable de l’utilisateur.
Et quand ce socle n’existe pas, l’audit n’a plus de sens.
Pourquoi les overlays sont incompatibles avec une évaluation sérieuse
Ce débat dépasse largement la question des overlays. Il met en lumière un problème plus profond : le fait de confondre conformité et accessibilité – déjà observé dans notre article “Non, l’accessibilité ne se résume pas à passer un audit”.
Les overlays rassurent les organisations, mais laissent les utilisatrices et utilisateurs en difficulté, car ces surcouches :
- ne fournissent pas d’alternatives textuelles aux images ;
- ne rendent pas un site navigable au clavier ;
- ne corrigent pas les structures de titres ou les formulaires ;
- ne rendent pas les contenus multimédias accessibles ;
- ne répondent pas aux besoins des personnes sourdes ou malentendantes.
À terme, les overlays exposent aussi les entreprises à des recours, des audits contradictoires, et une perte de crédibilité.
Zoom sur la récente position allemande
En Allemagne, l’évaluation de l’accessibilité numérique repose sur un cadre structuré :
- BITV : le référentiel technique national, basé sur les WCAG ;
- BIK : le réseau d’organismes compétents qui appliquent la méthodologie de test par rapport au BITV.
Ces organismes jouent un rôle central dans la reconnaissance de l’accessibilité des services numériques, et leur position récente sur les outils de surcouche d’accessibilité est loin d’être anodine. L’Allemagne rappelle ainsi un principe fondamental de l’accessibilité numérique : On ne rend pas un service accessible après coup. On le conçoit accessible dès la base !
Cela implique, dès les premières phases du projet de :
- concevoir et structurer le code de manière accessible ;
- organiser les contenus selon une hiérarchie claire et sémantique ;
- tester les interfaces avec des technologies d’assistance ;
- sensibiliser et former l’ensemble des équipes ;
- inscrire l’accessibilité dans une démarche de maintenance continue.
À l’inverse, un site reposant sur un outil de surcouche ne répond plus à ces exigences.
Conclusion : la fin des raccourcis ?
Les prises de position de la Commission européenne puis de l’Allemagne au sujet des overlays montrent bien que l’accessibilité ne s’achète pas sous forme de plugin, qu’elle ne se résume pas à un widget, et qu’aucune solution magique ne remplacera le travail de fond.
Au contraire, l’accessibilité se conçoit, se développe, se teste et se maintient dans le temps.
Et chez Warren Walter, nous accompagnons les organisations qui souhaitent aller dans ce sens : échangeons ensemble pour construire une démarche d’accessibilité durable et conforme.