Non, l’accessibilité ne se résume pas à passer un audit
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Publié le 16 janvier 2026 par Mélanie Coltel
La conformité ne suffit pas à rendre un parcours digital accessible
L’accessibilité numérique progresse. Les obligations sont mieux connues, les audits plus fréquents, les déclarations d’accessibilité plus visibles.
Et pourtant, sur le terrain, les mêmes constats reviennent : un site peut être audité, déclaré conforme, et pourtant rester difficile, voire impossible à utiliser pour certaines personnes.
C’est là que le malentendu persiste. Être conforme ne veut pas dire être accessible. L’accessibilité numérique n’est pas seulement une question de règles à respecter. C’est avant tout un sujet d’expérience, de maturité et de responsabilité.
Conformité et accessibilité : une confusion encore très répandue
La scène est devenue classique :
Un lien « Accessibilité » bien visible en pied de page.
Un taux de conformité affiché.
Un audit réalisé récemment.
Et pourtant :
Une personne aveugle ne peut pas finaliser un formulaire.
Une personne dyslexique abandonne face à un contenu dense et mal structuré.
Une personne malvoyante se perd dans un parcours pourtant « validé / conforme ».
Aujourd’hui encore, conformité réglementaire et accessibilité réelle sont trop souvent confondues.
La conformité joue un rôle essentiel. Elle constitue un outil structurant, qui pose un cadre, un seuil minimal, c’est une sorte de garde-fou réglementaire indispensable. Elle permet notamment de :
- vérifier des critères précis ;
- auditer un échantillon de pages ;
- mesurer un niveau à un instant donné.
Mais par nature, elle ne peut pas tout mesurer. Elle ne garantit pas :
- la continuité des parcours réels ;
- la cohérence de l’expérience dans le temps ;
- l’usage effectif avec des technologies d’assistance ;
- la prise en compte des situations de handicap multiples ou évolutives.
L’accessibilité, elle, se construit dans l’usage réel. Elle se mesure dans la capacité effective d’une personne à comprendre l’information, à naviguer, à interagir et à atteindre son objectif de manière autonome, quels que soient ses besoins ou son contexte d’utilisation.
La conformité constitue donc un socle nécessaire. Elle devient cependant insuffisante dès lors qu’elle est considérée comme une finalité, et non comme un point de départ vers une accessibilité réelle.
La conformité vérifie les règles. L’accessibilité garantit les usages.
Ce que les chiffres disent vraiment de l’accessibilité aujourd’hui
Les constats sont clairs : l’accessibilité progresse, mais lentement, de manière inégale, et souvent fragile.
On observe :
- de forts écarts selon les secteurs ;
- des différences marquées selon la taille des organisations ;
- une dépendance importante aux audits ponctuels.
Les chiffres de l’Observatoire du respect des obligations d’accessibilité numérique reflètent cette réalité : sur 7 586 sites contrôlés, seuls 384 respectent leurs obligations légales d’affichage (soit à peine 5,06 %) : mention d’accessibilité sur la page d’accueil, déclaration d’accessibilité et schéma pluriannuel.
Si 1 544 sites affichent une mention d’accessibilité et 2 176 publient une déclaration, la grande majorité reste en défaut, avec plus de 7 100 sites sans schéma pluriannuel. Seulement 37 sites (0,49 %) déclarent être totalement conformes au RGAA.
Ces données illustrent un décalage majeur entre les obligations réglementaires et leur mise en œuvre réelle, confirmant que l’accessibilité numérique demeure largement insuffisante en France. Dans de nombreux cas, l’accessibilité est déclenchée par une échéance réglementaire, traitée comme un projet isolé, et peu ou mal maintenue après la publication de l’audit.
L’accessibilité reste trop souvent un état, alors qu’elle devrait plutôt être une dynamique continue.
Pourquoi opposer conformité et accessibilité est une erreur stratégique
La conformité va de pair avec l’accessibilité, puisqu’elle en est son socle minimal. Mais le problème apparaît lorsque l’on s’arrête à ce minimum. Une organisation qui se limite à la conformité risque de perdre la confiance de certaines utilisatrices et certains utilisateurs, la qualité perçue de ses services, et la robustesse de ses produits dans le temps.
À l’inverse, une organisation mature en accessibilité gagne une meilleure anticipation réglementaire, une expérience utilisatrice/utilisateur plus inclusive et plus fluide, et des équipes responsabilisées et autonomes.
L’accessibilité n’est pas un surcoût. C’est un investissement dans la qualité globale du numérique.
Accessibilité réelle : là où tout se joue
L’accessibilité ne se vit pas dans un tableau de critères. Elle se vit dans les usages concrets :
- lors des tests utilisatrices/utilisateurs avec des personnes handicapées ;
- dans les parcours complets (emails, formulaires, messages d’erreur, mises à jour) ;
- dans la capacité à maintenir le niveau d’accessibilité dans le temps.
Ce sont précisément ces zones qui échappent souvent à une approche purement normative, mais ce sont aussi celles qui impactent le plus les personnes invisibilisées par la seule logique de conformité.
Passer de « conforme » à « responsable »
Passer d’une logique de conformité à une logique de responsabilité, c’est changer de posture. C’est considérer l’accessibilité comme un indicateur de qualité numérique, un sujet de gouvernance (pas uniquement d’expertise), et un engagement durable.
Cela implique une intégration réelle dans les processus produit, la culture des équipes, la vision long terme des organisations et des tests utilisatrices et utilisateurs menés avec des personnes en situation de handicap !
Tandis que la conformité rassure, l’accessibilité engage.
Et maintenant, on fait quoi ?
Il ne s’agit pas d’opposer conformité et accessibilité, mais de dépasser la logique minimale. Il faudrait considérer la conformité comme un point de départ et l’accessibilité comme une démarche vivante, humaine et stratégique.
Au final, l’enjeu dépasse le cadre réglementaire. Il touche à la responsabilité numérique, l’expérience utilisatrice/utilisateur universelle et la durabilité des services numériques. L’accessibilité ne peut pas exister sans la conformité, et vice versa !
Passer de l’audit à une démarche d’accessibilité durable
Chez Warren Walter, nous accompagnons les organisations au-delà de la conformité :
- audits d’accessibilité web et mobile ;
- accompagnement à la mise en conformité RGAA / WCAG / EAA ;
- formation et montée en compétences des équipes ;
- structuration de démarches d’accessibilité pérennes.
Vous souhaitez faire de l’accessibilité un véritable levier de qualité et de responsabilité numérique ? Échangeons ensemble sur vos enjeux et vos parcours.